Feux d'artifice

The Boo Radleys Giant steps (1993, Creation)


Les Boo Radleys se forment à Liverpool à la fin des années 1980 autour du songwriter en chef Martin Carr et de son copain Sice au chant. Le groupe se fait d'abord (un peu) remarquer avec le mini-LP Ichabod and I en 1990 avant de signer chez Creation pour l'enregistrement d'un premier album,

En 1993, le groupe publie Giant steps et ce disque est d'emblée acclamé par une bonne part de la critique européenne, à juste titre je pense. Intituler un album du nom d'un disque de Coltrane est assez gonflé mais à l'écoute de ces 17 chansons, on se rend compte que Martin Carr souhaite ici aller au bout de ses ambitions. Le disque se révèle un fantastique patchwork, mêlant dans son chaudron fumant toutes les influences et les marottes de Carr, des trompettes de Love au reggae en passant par la pop céleste des Beach Boys et la noise de My Bloody Valentine. Les Boo Radleys jouent ainsi des sublimes mélodies pop salopées au larsen ou enchaînent avec une incroyable souplesse dub et pop dans le même morceau. Martin Carr joue les artificiers de haut vol, tandis que le chant féminin et délicat de Sice vient apporter un judicieux contrepoint, sorte de bouée solidement ancrée au milieu des tempêtes déclenchées par son comparse.

Pendant plus d'une heure, le groupe parvient à tenir constamment (ou presque) un très haut niveau, s'éparpillant de partout mais sans jamais saouler l'auditeur. L'album s'ouvre avec le turbulent "I hang suspended" puis s'ensuit le fabuleux "Upon 9th and fairchild" qui plonge une rythmique dub dans un magma de larsens pour donner naissance à une fascinante chanson pop mutante. Martin Carr et sa bande dévorent d'un appétit gargantuesque tous les genres passant à leur portée. Ils se permettent ainsi d'aligner une formidable chanson pop, "Wish I was skinny", en appelant à d'autres surdoués de Liverpool, des Beatles (pour la mélodie en or massif) aux Pale Fountains (pour les trompettes droit sorties des disques de Love) puis de convoquer les mânes des Beach Boys sur le céleste "Thinking of ways" . On s'inclinera aussi devant l'immense "Barney (...and me) " , qui pétarade à l'essence d'arc-en-ciel ou le solide et aérien "If you want it, take it". Mention aussi pour le sublime "Take the time around" , le délicat "One is for" ou pour le gigantesque "Lazarus" et ses basses ventrues qui viennent rebondir allègrement sur les parois de nos cerveaux avant que des trompettes triomphantes viennent tout faire exploser. L'album se clot avec la comptine enchantée "The white noise revisited", ajoutant une ultime note d'innocence à cette redoutable pièce montée, sucrée et acide, jamais écoeurante.

Les Boo Radleys reviendront en 1995 avec un album pop très réussi Wake up! (1995), moins démesuré mais d'une fraîcheur revigorante. Puis ce sera C'mon kids en 1996 (que je n'ai pas écouté ) , puis le terminal Kingsize (1998) , disque un peu bancal qui scellera la fin de l'aventure. Martin Carr formera ensuite le groupe Brave Captain dont je n'ai jamais entendu quoi que ce soit. A noter que le chanteur Sice a sorti un disque solo en 1996 intitulé First fruits sous le nom de Eggman.

En écoute, une vidéo de "Lazarus ", mais sous une version honteusement privée de son introduction dub présente sur l'album.

 

 

 

10.8.07 15:24

Dernière entrée : La grande dépression, Un homme très fréquentable, Labyrinthe, Voyage au bout de la nuit, Le sombre héros de l'amer



Aller à la date 0 Commentaire(s)     URL de TrackBack